mercredi 10 avril 2013

Duped into drug use



Patients are being deceived into taking drugs they do not need, that do not work and even put lives at risk, according to a scathing review of the influence big drug companies have on healthcare.

Drug companies ''masterfully influenced'' medicine, a review by Australian, British and US researchers has found.
The researchers described how the enormous profit involved in making and selling drugs gave the industry power to influence every stage of the health system.
''The benefits of drugs and other products are often exaggerated and their potential harms are downplayed,'' the research, published in the European Journal of Clinical Investigation, said.

A co-author of the paper, Emmanuel Stamatakis, of the University of Sydney's school of public health, said it was ''entirely illogical'' to rely on the pharmaceutical industry to fund medical research.
''The profits involved are just too large and the temptation to manipulate the evidence is difficult to resist, even when this may lead to the loss of lives,'' Dr Stamatakis said.
He cited anti-diabetic drugs, which he said increased the risk of heart problems and were prescribed despite interventions such as exercise being more effective.
One such drug, Rosiglitazone, is still prescribed in Australia despite being pulled from the European and New Zealand markets after thousands of lawsuits were filed against manufacturer GlaxoSmithKline. The company was accused of deliberately withholding evidence that the drug caused heart attacks.

Drug companies funded, designed and controlled a large portion of the most influential medical studies, researchers found after evaluating 600 clinical trials.
Trials funded by industry were four times more likely than those sponsored by not-for-profits to favour the sponsored drug.

Researchers also traced the influence of the drug companies to direct contact with doctors through their representatives, persuading doctors to prescribe drugs using flawed evidence of their effectiveness.
Doctors were showered with free trips to international drug conferences, fancy dinners, research grants and drug company shares. ''It is hardly surprising that clinical practice guidelines often are heavily focused on new costly interventions and only loosely follow the available evidence,'' reseachers wrote.

Medical writer and senior research fellow with Bond University, Ray Moynihan, said Australia was lagging behind other countries, including the US, in reining in unethical behaviour by drug companies. In the US, the Physician Payment Sunshine Act allows anyone to look up which doctors receive industry funding.
''I think transparency is key,'' Mr Moynihan said. ''The fact that you can go to a doctor and be prescribed a new drug without them telling you they've learnt all about that drug at an industry-funded event or a visit from a drug representative is outrageous.''

Brendan Shaw, chief executive of drug industry group Medicines Australia, said the industry made the medicines and vaccines people relied on.
''Industry engagement across the health sector is vital to patient outcomes and should be encouraged,'' Dr Shaw said. ''Absolutely this needs to be co-ordinated in an ethical and transparent way and the industry has a long track record of doing this.''

So why do Australian doctors accept drug company money?
''Prestige can be just as important as money,'' said Ken Harvey, who is part of the Medicines Australia Transparency Working Group.
''The pharmaceutical largesse takes Australian doctors all over the world on business-class airfares and puts them in five-star hotels,'' Dr Harvey said. ''That can be good in terms of engaging with peers but doctors should pay for that themselves. ''It becomes [a] seductive, symbiotic relationship.''

In June, the group will release its final recommendations on measures to improve transparency of payments between healthcare professionals and the drug industry.

Sources :
http://www.smh.com.au/national/health/duped-into-drug-use-20130406-2hdn4.html
  
Undue industry influences that distort healthcare research, strategy, expenditure and practice: a review

 

mardi 9 avril 2013

Trompés dans l’usage des médicaments



Les patients sont trompés en prenant des médicaments dont ils n'ont pas besoin, qui ne fonctionnent pas et qui peuvent même mettre leur vie en danger, selon un rapport cinglant de l'influence des grandes compagnies pharmaceutiques sur la santé.


Les compagnies pharmaceutiques ont influencé la médecine de main de maître, selon une étude systématique réalisée par des chercheurs américains, australiens et colombiens.
Les chercheurs ont décrit la façon dont le bénéfice énorme impliqués dans la fabrication et la vente de médicaments donne à l'industrie le pouvoir d'influencer chaque étape du système de santé.
 '' Les avantages des médicaments et autres produits sont souvent exagérés et leurs dangers potentiels sont minimisés,'' selon l’article, publié dans le European Journal of Clinical Investigation.

Un co-auteur de l'article, Emmanuel Stamatakis, de l’école de santé publique de l'Université de Sydney, a dit qu'il était « totalement illogique » de s'appuyer sur l'industrie pharmaceutique pour financer la recherche médicale.
 '' Les bénéfices concernés sont tout simplement trop grande et il est difficile de résister à la tentation de manipuler la preuve même si cela peut conduire à la perte de vies'', a déclaré le Dr Stamatakis.

Il a cité des médicaments anti-diabétiques, qui, selon lui augmente le risque de problèmes cardiaques et ont été prescrits en dépit d’interventions plus efficaces telles que l'exercice physique.
Un de ces médicaments, la rosiglitazone, est toujours prescrit en Australie alors qu’elle est retirée des marchés européens et néo-zélandais après que des milliers de plaintes aient été déposées contre le fabricant GlaxoSmithKline. La société a été accusée d'avoir délibérément cacher les preuves que le médicament cause des crises cardiaques.

Les compagnies pharmaceutiques ont financé, conçu et contrôlé une grande partie des études médicales les plus influentes, ont constaté les chercheurs, après avoir évalué 600 essais cliniques.
Les essais financés par l'industrie étaient quatre fois plus susceptibles de favoriser le médicament étudié que ceux qui sont financés par des organismes sans but lucratif.

Les chercheurs ont également décrit l'influence des compagnies pharmaceutiques par le contact direct avec les médecins par le biais de leurs représentants commerciaux (visite médicale), arrivant à convaincre les médecins de prescrire des médicaments en utilisant des preuves biaisées de leur efficacité.

Les médecins ont été inondé de voyages gratuits à des conférences internationales sur les médicaments, de dîners chics, de subventions de recherche et d’actions financières dans les compagnies pharmaceutiques. '' Il n'est guère surprenant que les lignes directrices de pratique clinique sont souvent fortement axée sur les nouvelles interventions coûteuses et qu’elles ne suivent que peu les données disponibles,'' écrivent les chercheurs.

Rédacteur médical et chercheur à l'Université Bond, Ray Moynihan, a déclaré que l'Australie était à la traîne d'autres pays, y compris aux États-Unis, dans la maîtrise des comportements contraires à l'éthique par les compagnies pharmaceutiques. Aux États-Unis, le Sunshine Act permet à quiconque de savoir quels médecins reçoivent des fonds de l'industrie.
'' Je pense que la transparence est essentielle,'' a dit M. Moynihan . '' Le fait que vous pouvez aller voir un médecin et vous faire prescrire un nouveau médicament sans savoir qu'ils ont tout appris au sujet de ce médicament lors d'une manifestation financée par l'industrie, ou la visite d'un représentant de la drogue, est scandaleux.''

Brendan Shaw, directeur général de l'industrie des médicaments du groupe des médicaments en Australie, a déclaré que  l'industrie a fait des médicaments et des vaccins dans lesquels ont peut avoir confiance.
« L'engagement de l'industrie dans le secteur de la santé est vital pour la santé des patients et devrait être encouragée,'' a déclaré le Dr Shaw. '' Cela doit absolument être coordonnée de manière éthique et transparente, et l'industrie a une longue expérience pour le faire.''

Alors pourquoi les médecins australiens acceptent de l'argent des compagnies pharmaceutiques?
« Le prestige peut être tout aussi important que l'argent »', a déclaré Ken Harvey, qui fait partie du Medicines Australia Transparency Working Group.
« Les largesses pharmaceutiques emmènent des médecins australiens partout dans le monde avec des billets d'avion Classe Affaires et les logent dans des hôtels cinq étoiles, »' a déclaré le Dr Harvey. « Cela peut être bon en termes d’échanges avec leurs pairs, mais les médecins devraient payer eux-mêmes pour cela. Cela devient une, relation symbiotique et séduisante. »

En Juin, le groupe publiera ses recommandations finales sur les mesures visant à améliorer la transparence des paiements entre professionnels de santé et l'industrie pharmaceutique.

Sources : Duped into drug use

Undue industry influences that distort healthcare research, strategy, expenditure and practice: a review


Remarque : les essais sur les statines sont des essais commerciaux, qui concernent le plus gros business de l'histoire de l'industrie Pharma.
Ce sont les essais les plus nombreux, tellement le marché est juteux et l'effet des statines est minuscule.
Il faut donc des essais gigantesques, contrôlés par l'industrie Pharma, pour arriver à montrer un effet aussi fiable, tout en utilisant toutes les manipulations statistiques connues. 

lundi 8 avril 2013

Statines : Philippe EVEN contre Pierre SABOURET

Philippe Even a fait enfler la polémique sur l’utilité des statines

Si parmi vous certains pensent que le débat sur les statines serait un débat scientifique, détrompez vous...
L'essentiel se joue sur le marketing autour des essais, qui sont des outils commerciaux servant à l'extension du marché d'un produit. Et les médias permettent ce marketing en offrant leur antenne à des leader d'opinion.

Exemple de mauvaise foi d'un scientifique au cours de l'essai commercial ASPEN :
" La palme revient quand même à un article dont la conclusion est en substance la suivante : « Bien que nos résultats ne soient pas significatifs, l’utilisation des statines dans la prévention de la mortalité cardiaque doit être appliquée à l’ensemble des sujets à risque ». Les chiffres sont négatifs, les résultats montrent que les médicaments ne sont pas adaptés, mais il faut quand même les prescrire. Cela n’a rien de très scientifique."

(une étude qu'il faudrait indiquer au professeur GRIMALDI, puisqu'il s'intéresse aux diabétiques et qu'il défend les statines)

L'autre argument intéressant est que certains cardiologues pensent que les statines "stabilisent" les plaques d'athérosclérose.
Ils pensent cela après avoir lu des essais financés par les labos Pharma et qui montrent une réduction dans la progression de la plaque.
Oui, lisez bien : une réduction de l'augmentation ! Et ils appellent cela une diminution, ou une régression des plaques.
Mensonge ou incompétence ?

De plus, cette réduction de la progression est de l'ordre du micromètre (un millième de millimètre). Alors que les artères mesurent quelques mm de diamètre.
On a donc une variation (significative statistiquement) de l'ordre de 1%.
Variation qui n'est pas significative cliniquement.
Le mensonge est donc sémantique et aussi clinique.


 Les statines, des médicaments incontestables selon Pierre Sabouret

"Pierre Sabouret est l’un de ces médecins spécialistes, membre du comité scientifique du Collège national des cardiologues français (CNCF), mais surtout appartenant au groupe de recommandation sur l’efficience des statines auprès de la Haute autorité de santé (HAS)."
=> un expert qui n'avait rien déclaré en 2010 ( Conflits d’intérêts : La mauvaise graisse de la HAS )


L'article déclare :
"l’intérêt de ces molécules est indiscutable"
" Leur utilité est incontestable chez les patients en prévention secondaire"
=> vocabulaire non scientifique, car la science avance par la discussion et la contestation

"c’est presque du révisionnisme. Toutes les publications vont dans le même sens, mais c’est toujours vendeur de ressortir la théorie du complot"
=> éléments de langage employés aussi par le Dr STEG, dans sa vidéo sur TheHeart.org

"’une plaque d’athérome, due à une accumulation du mauvais cholestérol dans les vaisseaux sanguins. "
=> la connaissance scientifique sur la plaque est au niveau de l'explication du calcaire dans un tuyau

Et le schéma représente une veine thrombosée, et non pas une artère avec de l'athérosclérose.
Le niveau scientifique de l'article n'est pas assez élevé.

En examinant la DPI de M. SABOURET du mois de mars 2012, cette DPI indique:
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2012-03/10sabouretpierre28-03-12.pdf
Dans la rubriques: « Intervention dans un cadre promotionnel » page 7 on trouve 3 rémunérations personnelles dites « Ezetrol-Simva » de la part de MSD.

Et en 2010, Mr Sabouret semble être financé par Pfizer Inc. & Schering-Plough (« … the CONNECT Study » Archives of Cardiovascular Disease, 2010, 103, 437-46).

CNCF
Nos partenaires :
 Et comme d'habitude, les sociétés de cardiologies sont très amicales avec les labos Pharma.
Devinez pourquoi ?!?

"A bas le discours de terreur!" disait le Pr Apfelbaum en 1992

Interrogé par l'Express en 1992, le Pr Apfelbaum disait : " L'histoire du cholestérol révèle plus que toute autre la stupidité irritante de la machinerie sociale. Sur la grande trouille du cholestérol se sont concentrés les intérêts de l'Etat, des firmes pharmaceutiques et des médias. Ensemble ils construisent un tel mur d'obstination et de conviction que les faits scientifiques ne passent pas."

En effet, cette trouille du cholestérol n'est pas basée sur l'intégralité des données de la science. Elle a été fabriquée. Les médecins ont été convaincu à grand coup de campagne médiatique gigantesque, où on ne leur a présenté une version du débat scientifique.

L'affaire CAHUZAC dévoile un autre pan de l'histoire : la compromission d'instances publiques avec des firmes pharmaceutiques et agro-alimentaires, les fleurons de notre économie.

Les patients subissent le marketing et les campagnes terroristes des firmes Pharma. Ensuite, ils vont exiger un médicament chez leur médecin, qui a lui-même été démarché par la visite médico-commerciale (il s'agit de recevoir un VRP qui vient vendre sa marchandise à partir d'informations pas toujours exactes).

Ensuite, vous avez un système hiérarchique, comme une arnaque pyramidale. Le grand professeur Machin décide d'utiliser tel médicament dans son service. Dessous, tout le monde s'incline et répercute les ordres du grand chef. Puis, lorsque le patient quitte l'hôpital, le médecin généraliste n'ose pas remettre en compte l'inutilité du traitement.

En sachant qu'il existe même des incitations financières pour que le médecin prescrive ceci ou cela. La médecine devrait essayer de s'extraire au maximum de l'influence mercantile.

Il ne s'agit donc pas de pointer un doigt accusateur vers l'un ou l'autre des acteurs : gouvernement, industries, sociétés savantes, médecins, patients.
C'est un système entier qu'il faut reconstruire, avec des barrières réelles empêchant la proximité incestueuse entre les politiques et l'industrie.

Le vrai scandale de l'affaire Cahuzac était visible de tous : cet homme politique monnayait sa position sociale, son carnet d'adresse, son réseau, en faveur d'un client privé : l'industrie Pharma. Et ce n'est pas l'exception. C'est plutôt la règle, au sein de la classe politique, de devenir un consultant pour telle ou telle société privée.

Il faudrait des règles fortes pour interdire le pantouflage et le système des "portes tournantes" : je suis politique et je passe à l'industrie ou l'inverse. Notre démocratie est mise en péril par sa tolérance envers les industries, que notre gouvernement ne sait pas contrôler en se tenant à l'écart.


Source : L'Express 1992


Apparemment, 20 ans plus tard, le Pr Apfelbaum a changé d'avis. Dans le Quotidien du Médecin (magazine financé par l'industrie Pharmaceutique), il retourne sa veste et déclare :
« Ces médicaments ont sur le taux de cholestérol LDL des résultats très spectaculaires [...] L’indication est l’hypercholestérolémie LDL majeure, isolée, résistante au régime. Un patient porteur d’une hypercholestérolémie LDL et traité par une statine, risque à la suite de la lecture d’Even d’arrêter le traitement, ce qui augmenterait le risque vital. Cela était démontré il y vingt ans, et confirmé sans l’ombre d’un doute par des dizaines d’études publiées dans les meilleurs journaux médicaux .»

dimanche 7 avril 2013

L’histoire commerciale des statines - 1) Avant les statines



L’histoire commerciale des statines

1 - Avant les statines 

Dans les années 60, le cholestérol n’avait toujours pas de médicament "palatable" pour le patient (palatable signifiant acceptable pour le palais du patient et entrainant une observance suffisante au traitement). Les médicaments abaissant le cholestérol n’étaient pas sûrs, n’étaient pas efficaces ou avaient des effets secondaires gênants, rendant la thérapie intenable. Le bénéfice des thérapies non médicamenteuses (comme des régimes anti-cholestérol) n’avaient pas de bénéfices démontrés.

Dans les années 70, de nombreux auteurs ont commencé à dénoncer l’idée que s’intéresser à un cholestérol élevé n’était qu’un charlatanisme sanitaire.
En 1980, la NAS (National Academy of Sciences) sortit un rapport suggérant que les efforts visant à contrôler la cholestérolémie manquaient de justifications dans la pratique clinique et dans la littérature scientifique. Comment le cholestérol avait-il perdu son intérêt dans le corpus grandissant de la cardiologie préventive ? Et comment, dans la période suivant 1980, ce composé a-t-il retrouvé sa place dans la sphère de l’activité clinique « mainstream » (reconnue ?) et mobilisé l’anxiété du public ?
Comment la théorie du cholestérol a pu passer d’une idée relevant du « charlatanisme » en 1980 à une acceptation quasi-mondiale en  1985 ?

L’athérosclérose et l’idée pastorienne du germe
L’idée que le cholestérol est lié à l’athérosclérose provient d’un modèle de maladie basée sur les lésions. Le fait est qu’on retrouve du cholestérol dans les plaques d’athérosclérose. C’est ainsi que des chercheurs ont eu l’idée d’assimiler le cholestérol à un « germe », selon le concept que toute maladie a une cause unique, que l’on pourrait donc traiter par un médicament unique : c’est le concept du traitement miracle (« magic bullet »). C’est à cette époque que l’idée qu’un élément non vivant pouvait aussi être à l’origine d’une maladie (vitamine B3 et pellagre, vitamine B12 et anémie pernicieuse ou silice et silicose).
L’idée serait donc que le cholestérol serait l’agent principal de l’athérosclérose, comme le bacille de Koch est celui de la tuberculose. Dans les années 30 et 40, on commença donc à inoculer du cholestérol à des lapins ou à des chiens, avec des résultats d’abord controversés ou inexistants, jusqu’à ce qu’un modèle de poule (omnivore) rendue malade par du cholestérol commence à convaincre (Katz, 1952).
Mais le cholestérol étant fabriqué par le foie et présent chez tous les humains, ainsi que la nature asymptomatique de l’athérosclérose, la translation entre cholestérol et maladie était dure à faire du laboratoire à la pratique clinique.
Il fallut l’intervention active d’hommes comme Jeremiah STAMLER et Ancel KEYS pour que l’idée que le cholestérol était un facteur de risque commence à entrer dans les cerveaux des médecins. Pour cela, la promotion du résultat de certaines études épidémiologiques comme Framingham ou l’étude des 7 pays était nécessaire.

L’échec successif de nombreux médicaments
Mais pour convaincre une communauté médicale, il faut plus qu’un modèle animal ou qu’une étude épidémiologique. Il faut une étude clinique et un traitement à proposer. La recherche d’un traitement réduisant le cholestérol produisit donc de nombreux agents : choline, inositol, lécithine, extraits de thyroïde, estrogènes, extraits d’animaux (cerveau ou pancréas) ou de plantes (artichaut, ail), etc. Echec de ces composés.
Le premier médicament qui accéda au marché fut MER/29 (triparanol), produit par Richardson-Merrell Company (qui possédait la marque Vicks VapoRub et qui appartient maintenant à Procter&Gamble). En 1959, on annonça un nouveau médicament qui réduisait significativement le cholestérol et qui était bien toléré cliniquement, avec aucun effet secondaire. Nous remarquons que le discours du marketing pharmaceutique n’a pas évolué d’un iota sur ce plan là et que tous les médicaments retirés du marché après avoir tué ou handicapé des milliers de personnes étaient tous annoncés comme  « bien toléré cliniquement et sans effet secondaire important ».
Il est intéressant de lire la documentation interne de l’entreprise, s’enthousiasmant sur les retombées financières d’un tel monopole (être le seul à avoir un médicament anti-cholestérol) et de voir comment elle imposa sa nouvelle molécule. Elle fit appel aux mêmes scientifiques, aux mêmes individus et institutions qui avaient déjà fait leur preuve dans le lancement du Diuril (anti-hypertenseur de la société MERCK). Certains cardiologues déjà impliqués furent à nouveau sollicités pour participer à la campagne de lancement commençant à Princeton, en décembre 1959 : notons les noms d’Irvine PAGE, John MOYER et Robert WILKINS. Les médias grand public et la presse médicale firent partie de l’ampleur donnée à cet événement commercial.

La FDA (Food and Drug Administration) approuva le MER/29 en juin 1960. Dès 1961, la campagne marketing commençait avec une gamme d’outils variés :
  • Une lettre de prestige, signée du président de Merrell et envoyé à 160 000 docteurs et praticiens,
  • Un classeur envoyé par Western Union à 100 000 docteurs, contenant les données de base de MER/29, avec les actes de la conférence de Princeton,
  • Un dossier publicitaire de 8 pages dans 15 journaux de médecine ou de cardiologie,
  • La répétition mensuelle de cette même publicité, mais sous un format de 2 pages seulement,
  • Des envois postaux, 3 fois par mois, de documents ciblant les 100 000 médecins ayant reçu le classeur et permettant de le remplir,
  • Une conférence nationale visant à éduquer les visiteurs médicaux.
Cette campagne coûta 800 000 dollars, davantage que tous les budgets de tous les autres produits vendus l’année précédente par la compagnie. A la fin de l’année, MER/29 avait atteint 300 000 consommateurs et généré un volume de ventes de 5 millions de dollars.
Mais le MER/29 bloquait la dernière étape de la fabrication du cholestérol. La molécule précurseur, le desmostérol, s’accumulait donc. On le retrouvait en excès dans le cristallin de l’œil, le follicule pileux et la peau, produisant cataractes, pertes de cheveux et ichtyose, une maladie cutanée produisant des sortes d’écailles sur une peau dure.

Il est alors intéressant de noter comment l’industrie réagit à ce genre de nouvelles. En effet, toutes les industries ont toujours réagi comme ça, dans leur grande majorité. Au lieu de reconnaître le problème et d’avertir les consommateurs et les médecins, l’industrie sous-estime le problème et communique e manière rassurante. Dans ce cas là, la visite médicale permet une tromperie du médecin, qui s’inquiète à juste titre, et qui reçoit une réponse stéréotypée issue du marketing, réponse préparée pour gérer la crise. Cette attitude permet aux ventes de perdurer et à l’entreprise d’engranger des millions pour chaque mois qu’elle gagne en dissimulant le scandale sanitaire.

On remarque alors que la FDA a du mal à jouer son rôle de régulateur. Alors que Merrell continuait à inonder les médecins avec sa publicité sur de multiples supports et médias, l’entreprise refusait d’envoyer une lettre d’avertissement aux médecins. Elle ne le fit qu’en décembre 1961. Le médicament fut retiré du marché en 1962.

La fraude et l’industrie pharmaceutique
Ce fut un coup rude pour Merrell, surtout que la FDA refusa l’AMM de son prochain médicament, déjà annoncé comme un blockbuster : l’antiémétique thalidomide. Et comme dans d’autres affaires, les données existaient, mais avaient été soit dissimulées ou non prises en compte. Cela fit à l’entreprise une publicité bien plus négative que le scandale du thalidomide qui suivit. Car Merrell avait dissimulé les effets secondaires du MER/29 et encouragé ses visiteurs médicaux à rejeter la faute sur les autres médicaments pris par les patients.
De plus, un ancien employé de Merrell, Beulah Jordan, apporta aux inspecteurs de la FDA des preuves que le laboratoire avait fabriqué une grande partie des données d’efficacité et de sureté, pour obtenir l’AMM en trompant la FDA. La société fut donc condamnée pour mensonge, fraude et tromperie intentionnelle des agences gouvernementales et des citoyens américains. Notons que la sentence fut une amende et un sursis de 6 mois, au lieu de 5 ans de prison.
Merrell fut donc le premier symbole de la corruption de l’industrie Pharma dans l’esprit du public américain, à cause de 2 scandales successifs : le MER/29 et le thalidomide. Après le procès en pénal, il y eut de multiples procès au civil, aboutissant à un total d’environ 50 millions de dollars de poursuites.
Il est évident que la balance bénéfice/risque du MER/29 ne plaidait pas en sa faveur. Si ce médicament avait immédiatement sauvé des vies, on lui aurait peut-être pardonné cataracte, perte de cheveux ou ichtyose. Mais avec une maladie asymptomatique et une communauté scientifique doutant du rôle du cholestérol dans cette maladie, on ne pardonna pas au MER/29 ce qu’on aurait peut-être accepté pour un traitement anti-cancer ou un antibiotique sauvant d’une épidémie infectieuse. Pour accepter une exposition au long terme, en prévention d’une maladie asymptomatique, il fallait davantage de preuves.

D’autres médicaments échouèrent à s’imposer sur ce marché fructueux : il y eu la néomycine (Upjohn), l’héparine, la niacine (acide nicotinique, vitamine B3), etc. Notons que chaque médicament baissait bien le « méchant cholestérol ».

Un médicament fut mieux toléré : le clofibrate (Atromid-S). Mais l’étude Coronary Drug Project(1975) montra son inefficacité sur la mortalité totale, le critère primaire de l’étude. Notons qu’à cette époque, les scientifiques sérieux utilisaient le critère de mortalité totale comme étant le meilleur test d’un médicament sur la santé globale du patient. Par la suite, le critère primaire devint de moins en moins « solide » et bascula soit vers la mortalité cardiovasculaire (ce qui n’est pas si mal mais insuffisant en terme de santé globale du patient) puis incorpora de plus en plus des critères « subjectifs», comme différentes définitions d’infarctus non mortels (basés sur un critère biochimique moins fiable que le critère ECG) et des décisions médicales comme l’hospitalisation ou la revascularisation.
Pour simplifier, disons qu’un patient veut un médicament qui rallonge sa vie et améliore sa vie. Il n’est pas spécialement d’accord pour échanger un infarctus contre un cancer, une destruction des muscles ou des reins. Les scientifiques qui se focalisent sur la mortalité cardiovasculaire sont « myopes », et ceux qui prennent en compte des critères subjectifs et n’influant pas sur la mortalité prennent le risque de vouloir soigner « la paille dans l’œil », oubliant la poutre.

En France, Michel de Lorgeril et Philippe Even ont mis cette myopie en exergue. Dans le monde, d’autres l’ont fait bien avant eux, sans que la communauté médicale (ou scientifique) réalise son erreur de focalisation. J’irai même jusqu’à dire que l’industrie Pharma a appris de ses échecs et qu’elle a vite compris qu’il fallait soit frauder (truquer les données des essais, qui lui appartiennent et qu’elle ne veut pas communiquer) ou changer le critère principal de manière à écarter la mortalité totale.
Mais le clofibrate, provoquant calculs biliaires et anomalies hépatiques, fut aussi retiré du marché, malgré que le marketing ait clamé son innocuité et sa bonne tolérance juste avant. Reprenons le titre d’un article du New York Times de décembre 1980 : « Miracle' Drug Discredited; Health System Is Faulted; »


On voit bien que les scandales comme le MEDIATOR, le VIOXX ou la cérivastatine ne sont pas nouveaux. Le système sanitaire a failli de nombreuses fois et toujours pour les mêmes raisons.


Ce texte est tiré en partie de la traduction du livre « Prescribing by Numbers  - Drugs and the Definition of Disease», de Jeremy A. GREENE, du département d’Histoire d’Harvard, spécialisé en pharmaco-économie et Pharmaco-épidémiologie. Ce livre a pour sujet l’interaction entre un médicament et la définition d’une maladie dont les limites n’ont pas cessé de changer. C’est donc un texte historique, pour aborder l’histoire commerciale des statines et montrer le lien avec leur histoire scientifique. Cela permet aussi d’identifier les acteurs en présence.

lundi 1 avril 2013

Effet néfaste des oméga-6

 Remplacer les Acides Gras Saturés par des Acides gras Poly-Insaturés : fausse bonne idée?


A cause du dogme "Lower is better", certains études(1) ont abaissé le cholestérol avec des régimes contenant des huiles poly-insaturées, riches en oméga-6.

Cette étude analyse l'effet néfaste des oméga-6 dans un essai : the Sydney Diet Heart Study
Elle remet en cause l’autre dogme : celui des Acides gras Saturés (qu'on accuse d'être néfaste).
http://www.bmj.com/content/346/bmj.e8707.pdf%2Bhtml

Il serait temps que les recommandations internationales sur la diététique et le risque cardiovasculaire portent sur un bon critère : la mortalité totale.
Dans de nombreux cas, le critère de la mortalité cardiovasculaire est un critère "myope", qui mène à une fausse piste et à de mauvaises recommandations.

Le critère intermédiaire du taux de LDL est un critère encore moins fiable, qui devrait être abandonné dans l'intérêt du patient.


Sylvain Duval


(1)
Rose GA, Thomson WB,  Williams RT.
Corn oil in treatment of ischaemic heart disease. BMJ 1965;1:1531-3.

Frantz ID Jr
The Minnesota Coronary Survey.
Arteriosclerosis 1989;9:129-35

Source :

BMJ 2013;346:e8707 doi:10.1136/bmj.e8707
(Published 5 February 2013)

mardi 26 mars 2013

Qu'est-ce qui bouche nos coronaires ?

Juste un point récent pour vous informer en toute indépendance : qu'est-ce qui bouche les artères ?

Je vais vous résumer et vous traduire 2 abstracts, tirés de publications récentes.
Cela vous évitera quelques heures de lecture de documents en anglais.
Néanmoins, je vous invite à les télécharger, pour les images (coupe d'artères) et pour les schémas.

Préambule :
Ce message a pour but de "tester" l'idée reçue que le cholestérol serait causatif de l'athérosclérose.
Les publications ne sont pas faites par des "anti-cholestérol" et les deux articles sont publiés par des sociétés de cardiologies "pro-statines" :
European Society of Cardiology (ESC) et American Heart Association (AHA).

1er article (2010) : Concept of Vulnerable/Unstable Plaque

Le concept de plaque vulnérable est lié au rôle pivot de la rupture de plaque et de la thrombose coronaire.
La croissance d'une plaque avancée va au-delà d'une accumulation de lipides : il y a un remodelage de l'artère.
L'emphase a été mise récemment sur la contribution de la protéolyse tissulaire par des métalloprotéinases, facteur essentiel de l'amincissement et de la rupture de la capsule fibreuse.
Les trois facteurs essentiels sont importance de la taille du coeur nécrotique, inflammation et épaisseur de la capsule fibreuse.

Pour le moment, les preuves définitives d'un modèle de plaque vulnérable nous échappent, car les données humaines et animales prouvant une relation de cause à effet sont manquantes.


2ème article (2013) : Mise à jour à propos du Syndrome Coronaire Aigu (ACS) : le point de vue du pathologiste

Bien que la mortalité causée par les maladies coronaires a décru, la morbidité causée par cette maladie est en augmentation.
Un nombre substantiel de patients souffre toujours du Syndrome Coronaire Aigu (ACS) et de mort cardiaque subite (SCD).
L'ACS est le résultat d'une ischémie du myocarde et ses manifestations incluent un infarctus du myocarde aigu (AMI) et l'angine instable.
La morphologie des plaques coupables varie d'une thrombose (avec ou sans occlusion coronaire) jusqu'à la sténose soudaine de la lumière par une hémorragie intraplaque.
Chez les hommes, la cause primaire est la rupture de la plaque.
Chez les femmes, la cause fréquente est l'érosion, et plus la femme est âgée, et plus la rupture devient fréquente.

Les ruptures de plaque sont associées avec un remodelage (positif et expansif) et sont caractérisées par un grand noyau nécrotique et une capsule fibreuse fine qui est infiltrée par des macrophages spumeux (foamy macrophages).
Les érosion de plaque ont un remodelage négatif (et non expansif) avec la plaque étant elle-même riche en cellules musculaires lisses et protéoglycanes, avec une inflammation minimale ou absente.
L'hémorragie intraplaque peut provenir de la rupture de plaque (fissure) ou d'une néovascularisation (angiogenèse).

L'athérosclérose est maintenant reconnue comme une maladie inflammatoire avec des macrophages et des lymphocytes T jouant un rôle dominant.
Deux sous-types de macrophages ont été identifiés : le M1 est pro-inflammatoire, alors que le M2 semble jouer un rôle anti-inflammatoire et promouvant la réparation tissulaire.
Un 3ème type de macrophage, appelé Macrophage associé à l'Hémoglobine ou M(Hb), est observé aux sites d'hémorragies.


Voilà.
Dans aucun de ces articles vous ne trouverez de dogme naïf à propos de "méchant LDL" et de "gentil HDL".
Le cholestérol n'est jamais cité comme étant une cause possible d'athérosclérose.

Le seul article évoquant le cholestérol monte que les cristaux de cholestérol proviennent majoritairement de débris cellulaires (cellules mortes par apoptose), surtout à partir de globules rouges venant d'une hémorragie intraplaque.

Maintenant, pour revenir aux statines, mon sujet préféré :
les statines pourraient avoir un rôle dans l'inflammation ou stopper l'arrivée des macrophages ou l'invasion des cellules musculaires lisses.
Mais pour le savoir, il faudrait que les médecins abandonnent le dogme qui relie l'efficacité des statines à la baisse du cholestérol.
En 2013, on SAIT que c'est faux (voir Philippe Nicot, François Pesty, Dominique Dupagne,Philippe Even, Michel De Lorgeril, et autres...)

Quand à ceux qui prétendent que "les statines stabilisent les plaques", il faudrait qu'il me cite l'essai clinique qui montre cela.
Car chez les hommes et chez les femmes, le processus athérosclérotique n'a pas la même dynamique.
Pour une plaque qui "rétrécit" :
est-ce car le cœur nécrotique diminue ? la plaque fibreuse qui s'amincit ? ou un remodelage négatif ?

On peut comprendre que les essais avec statines et angiographie ne sont pas si fiables, utilisant des patients pour promouvoir un produit commercial.

En 2013, on ne sait toujours pas précisément quel facteur (polluant ? alimentation ? stress ? sédentarité ?) est prédominant dans l'athérosclérose.
Mais on SAIT que cela n'a rien à voir avec le cholestérol.

http://www.formindep.org/Cholesterol-le-bon-le-mauvais-et.html

http://www.formindep.org/Les-dernieres-recommandations.html


www.atoute.org/n/La-saga-du-cholesterol.html


http://www.formindep.org/Conflits-d-interets-La-mauvaise.html