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samedi 19 avril 2014

OMERTA dans les labos : décryptage

Confessions d'un médecin... J'aurai plutôt dit "Confessions d'un ex-cadre des labos, qui se rend compte qu'il n'a pas été un soignant, mais un businessman dont le profit vient du mensonge".
(mais ça aurait fait un titre un peu long...)
A la lecture du livre, je dirai que BD, "l'ex des labos", a bien profité de son gigantesque salaire et des délires offerts par les firmes.
Après s'être gavé, il a eu une sorte d'écoeurement, surtout quand sa position a été menacé et ses avantages réduits.
DECRYPTAGE :
Ses compétences en matière de critique des médicaments paraissent plutôt faible (il croit, par exemple, que la FDA est une agence fiable... Qu'il se renseigne auprès du livre de Peter GOTZSCHE.

Il pense aussi que le NEJM est un bon journal, la Bible américaine de la presse médicale (p 165) alors que c'est un journal très lié à l'industrie).
Mais sa connaissance de la corruption généralisée est intéressante à lire. Comme tout repenti, c'est un bon délateur, après avoir été un collaborateur.
Ceux qui pensaient que les grands journaux étaient fiables, que les essais cliniques étaient rigoureux et que la pharmacovigilance était réelle en sont pour leurs frais.
Et même si cet "ex-cadre des labos" cite Irène Frachon, Gérard Bapt, Catherine Hill, Philippe Even, Prescrire et le Formindep (page 19), cela ne rend pas la longue description de sa carrière plus sympa à lire.
(Il cite encore le Formindep ou la revue Prescrire plusieurs fois dans le livre : p46, p59, p 141, p 166) ou Marcia Angell (p 165) (mais qu'il écrit Engel, preuve de sa méconnaissance du domaine critique...) ou Eléna Pasca (p 166).

J'aurai pu résumer son récit en quelques phrases :
" Quand j'étais cadre des labos, on se gavait de pognon comme vous n'imaginez même pas et on se moquait littéralement des pauvres médecins, si faciles à manipuler. Notre seul souci était de brosser dans le sens du poil les leaders d'opinion (KOL), qui font la pluie et le beau temps dans le petit entre-soi médical français."

Au sein de son récit à vomir, on trouve quand même quelques perles :

Son expérience des labos Merck et SCHERING PLOUGH :
  • Tous les journalistes ont dit qu'il venait du labo MERCK, mais en fait il a passé sa carrière chez Schering Plough (SP), racheté par Merck en 2009.
SP a produit par exemple le Zétia (ézétrol), le fameux anti-cholestérol qui ne sert à rien, sauf à vider les caisses de l'état et à produire des effets secondaires graves chez les patients.
Voir mon article au sujet de ce mensonge commercial.

- le Subutex (buprénorphine) est un produit de Schering Plough, un "substitut de drogue" imposé à la France par lobbying, corruption et pressions politiques

Les essais "marketing" (Chapitre 7 du livre) :
  • Le repenti décrit aussi le rôle MAJEUR des études post-commercialisation, ou phase 4, ou encore "Observatoires". Ces études ne servent quasiment à rien au niveau scientifique, puisque la molécule a déjà un AMM. Mais elles permettent d'élargir le marché ou d'enrichir l'argumentaire marketing pour doubler un concurrent (p 81).
Elles ne sont publiées que si elles permettent un gain marketing, une meilleure pub, des arguments de vente pour les VRP Médicaux (VM). Sinon elles sont enterrées.
Les labos ont accès aux données pendant l'essai et arrêtent l'essai en cas de succès (ce qui économise de l'argent, comme pour JUPITER) ou en cas d'échec, pour cacher les effets secondaires sous le tapis.
Le labo peut proposer une douzaine d'études post-commercialisations pour inonder un pays de sa nouvelle molécule et s'assurer de la collaboration des médecins-chercheurs (p 193).

Faire encore confiance aux essais de phase 4, financés par les labos, serait d'une grande naïveté, avec ce que l'on sait maintenant.

La corruption subtile du corps médical :
  • Un autre point intéressant est que le repenti confesse que les médecins ne sont pas si pourris que ça : la plupart du temps, l'argent va à leur labo, pas dans leurs poche. Ce qu'ils veulent, c'est publier, faire de la recherche, quitte à collaborer avec le labo pour découvrir le prochain remède qui sauvera l'humanité (p 196).
Sauf que le processus corrompt leur libre arbitre et qu'une fois payé, les experts acceptent de "rendre la pareille", en signant un article, en intervenant auprès d'une commission, etc.
Ainsi, un contrat de "recherche" est plus noble qu'un contrat de "consultance" (réservé aux collaborateurs les plus impliqués et les plus payés), mais l'effet reste le même : l'expert n'est plus libre de sa parole.
  • Les médecins participant à des "board" (ou conseils scientifiques) sont les plus corrompus (p 95 à 99). Ce rôle est réservé à « l'élite des KOL » (Key Opinion Leader) (p 76).
(remarque perso : Gabriel STEG cumule contrats de recherche, de communication, de consultance, conseil scientifique. La totale pour ce "cardiologue", noble défenseur des statines...)

Le coup de pouce des gouvernements successifs :
  • L'implication des instances officielles ou des politiques : son livre accuse certains politiques d'être intervenus favorablement, à plusieurs reprises, pour aider au démarrage ou sauver des molécules en péril à cause de scandales sanitaires :
  • Bernard Kouchner, secrétaire d'état à la santé (p 118, p 124 à 126),
  • Simone VEIL ministre de la Santé (p119),
  • Charles PASQUA (p120),
  • l'observatoire français des drogues et des toxicomanies, Drogue info Service, INPES (p122),
  • association Toxicomanie Hépatites SIDA (p123),
  • le RPR, le Sénat (p 126),
  • un rapport officiel d'experts, demandé par Bernard Kouchner en 2001 (p 126),
  • Xavier BERTRAND, ministre de la Santé (p 127)

Rappel du scandale du VIOXX, peu connu en France :
BD a lui-même été victime du VIOXX (p131 et 132). C'est peut-être ça qui a participé à réveiller sa conscience, corrompue par le luxe et le pognon dont il s'est gavés (et qu'il décrit en détails dans son livre).
Il dit : "il m'a fallu perdre la vue pour ouvrir les yeux"

Pourtant, notre repenti pense que le marketing est la normale exagération "d'un produit montré sous son meilleur jour" (p 133). Belle mentalité.

Les marges arrières des pharmacies :
  • C'est une pratique illégal que BD n'a pas voulu cautionner. (p 147).
Il s'agit de payer un pharmacien pour qu'il délivre du SUBUTEX, au lieu d'un générique.
Cette pratique a été "révélée au grand public en 2012, lors de l'émission de télé "Les infiltrés", sous les yeux effarés d'Irène FRACHON." (p 148).

L'hypocrisie des labos face aux défauts de leurs produits :
  • Il illustre cela avec le stylo injecteur du Victrelis (chapitre 13), un traitement contre l'hépatite C.
  • Il montre que les défauts d'un produit sont toujours transférés sur le dos des patients et leur mauvaise utilisation du produit.
Donc, au lieu de régler le stylo injectant le ViraferonPeg (p 182), le labo préfère faire des campagnes "d'éducation thérapeutique".
C'est une action inutile, mais les agences du médicament peuvent alors dire qu'elles ont réagi promptement (même après des années de retard, elles sauvent la face et cachent leur incompétence, voire leur corruption).

Le labo Schering Plough (MERCK maintenant) connaissait très bien les défauts du stylo, qu'il appelait en interne "le stylo pourri" (p 174) et cela malgré l'avertissement d'un professeur du CHU de Nice, Albert TRAN.
Article Libération : L’Afssaps aux trousses du stylo de Merck

Dans le dossier SUBUTEX, les défauts du produit étaient mis sur le dos des "toxicos". (p 175).


L'échec de la pharmacovigilance :
  • En général, les services de pharmacovigilance des labos ne font pas leur boulot : ils ne transmettent pas, ou mal, ou avec retard, ou en cachant des cas de problèmes avec leurs produits.
Cela "consiste à aveugler l'autorité du médicament". (p 180).

Le labo Schering Plough "a admis avoir dissimulé 250 réclamations pour la seule année 2011" (p 183).
Le médicament Victrelis provoque des anémies sévères, ce qui oblige à ajouter de l'EPO, hormone de synthèse qui provoque aussi des effets secondaires (p 195, p 201).

Les industriels savent que les médecins ne font pas bien leur travail de pharmacovigilance. C'est un travail compliqué, non gratifiant et son absence n'est pas sanctionné. On peut dire que 1 médecin sur 100 fait bien son travail dans ce domaine.
Cette sous-déclaration des effets secondaires permet d'ailleurs aux firmes de dire partout que "leurs produits sont très sûrs et qu'il y a très peu de déclarations d'effets secondaires".

Avec 1% des déclarations, ils peuvent se vanter...


Le mépris des labos pour les médecins et les agences :
  • Ce qui est le plus frappant dans ce livre, c'est à quel point les firmes du médicament méprisent les prescripteurs qu'ils influencent et les agences censées les surveiller.
L'Agence du Médicament (AFSSAPS, puis ANSM) est ainsi qualifiée de "vraie passoire infiltrée par les industriels" (p 187).
Les fonctionnaires ont un "faible niveau de compétence", ce qui est énervant quand il faut "leur expliquer 15 fois un mécanisme simplissime" . Mais cela a un avantage : "ces fonctionnaires sont incapables de deviner les petites manipulations des études et des chiffres" (p 187).

De plus, les experts indépendants sont méprisés pour les sommes ridicules qu'ils touchent ("500 euros pour un boulot titanesque !" (p 196) alors que les cadres de l'industrie ont salaire énorme, voyages en classe Affaires et voiture de luxe de fonction.

Pour une analyse utile, on touche 500 euros, alors qu'un prétendu "chercheur" dans une étude de phase 4 va toucher 1000 à 3000 euros pour CHAQUE PATIENT dans une étude inutile et dangereuse pour la santé publique.
Les chèques de 10.000 à 100.000 euros ne sont donc pas rares dans ce luxueux monde de la corruption médicale quotidienne. Et cela est parfaitement légal, puisqu'il y a un contrat, secret pour le public (p 197).

L'argent liquide, circulant dans des enveloppes brunes, existe mais c'est l'exception. La corruption ordinaire est légal, avec TVA et documents administratifs à l'appui. Mais le gouvernement actuel ne veut pas que le grand public connaisse le montant de tels contrats. Il serait alors trop évident que les experts actuels sont tous des employés temporaires des firmes PHARMA.

Les pistes qu'il propose :
  • mieux former le jeunes médecins aux médicaments
  • reformer la Formation Continue, sous influence des labos
  • embaucher de vrais experts indépendants
  • durcir les AMM pour les "me-too"
  • obliger les industriels à TOUT publier
  • rendre obligatoire la déclaration des liens d'intérêts, avec de vrais sanctions
  • publier les sommes versées par les firmes
  • appliquer la législation anti-corruption
  • créer une action de groupe à la française
  • aider la recherche, seule garante de vrais progrès médicaux futurs

Il propose aussi aux patients "d'inviter les praticiens à justifier leurs prescriptions". (p 207), "pour ressortir d'un cabinet médical avec de précieux conseils , mais sans ordonnance à rallonge".

Finalement, beaucoup de "bla bla" pour arriver à formuler ce que le Formindep demande depuis 10 années...


L'autre partie du livre est consacrée à :

- l'affaire VIOXX
 - l'affaire GARDASIL

L'analyse de la journaliste n'est pas mauvaise et pourra apporter quelques informations à un lecteur qui n'a jamais rien lu sur ce sujet.

L'affaire VIOXX (rofecoxib) et CELEBREX (celecoxib) mériterait d'être mieux connue des médecins qui prescrivent des COXIB.












vendredi 11 avril 2014

Scandale des statines : toxiques et inefficaces

De nombreux articles ont traité de la faible efficacité des statines mais de plus en plus d'articles soulignent leur toxicité, sous-estimée pendant plus de 30 ans.

J'avais déjà proposé une comparaison de la toxicité des statines en avril 2013.

La revue MINERVA revient sur ce thème et propose différentes études de leur toxicité.

Statines : effets musculosquelettiques indésirables

Minerva Online  2014-04-15
Conclusion Minerva :
Différentes études d’observation identifient un risque non rare de douleurs musculosquelettiques sous statines, douleurs qui peuvent nuire à l’observance du traitement. Une différence entre statines est observée dans deux études. Une toxicité musculaire semble bien être liée à la puissance de la statine pour diminuer le LDL-cholestérol.
Analyse de :
Mansi I, Frei CR, Pugh MJ, et al. Statins and musculoskeletal conditions, arthropathies, and injuries. JAMA Intern Med 2013;173:1-10.

Ce qui est intéressant, c'est que les médecins français (sous influence des labos et des recommandations...) ont toujours prescrits les statines les plus chères et les plus dangereuses : atorvastatine (TAHOR° quand il n'était pas génériqué) et maintenant l'horrible CRESTOR°, la plus dangereuse et la plus chère des statines (rosuvastatine).

J'ai déjà analysé ces deux molécules dans d'autres articles :

Le scandale du CRESTOR° (rosuvastatine)

Analyse critique de l'atorvastatine (TAHOR°)

 

Notons qu'il y a aussi une molécule que nos chers médecins sous influence aiment prescrire : INEGY (ézétimibe + simvastatine) ou EZETROL (ézétimibe).

Le dogme derrière cette prescription est qu'il faut baisser encore plus le "cholestérol", si une statine seule n'y suffit pas : c'est le fameux "the lower, the better", qui a déjà 20 ans d'âge. Un dogme faux, vieux et dangereux pour les patients français.

J'ai écrit un article à ce sujet :

Le scandale de l'ézétimibe : EZETROL° ou INEGY° 

J'ai également eu la chance de participer au colloque "Surmédicalisation en 2013, à la faculté de Bobigny.

J'ai alors exposé les scandales du CRESTOR ° et de l'ézétimibe.

Meilleure efficience dans la prescription de 2 anti-cholestérol


Récemment, le professeur Philippe EVEN a donné un long interview à LaNutrition.fr

Il a notamment fait un résumé génial des 10 arguments, dans le scandale des statines.

1. Le cholestérol est le même chez les sujets qui font un infarctus du myocarde que chez ceux qui n’en font pas… Et cela semble n’étonner personne !

2. L’infarctus est particulièrement fréquent chez les aborigènes d’Australie et les nomades du Sahel, qui ont un cholestérol moyen d’ 1,50g.

3. Entre 1,5 et 2,7 g/l de cholestérol, il n’y a aucune augmentation de la mortalité coronaire, qui ne commence à s’élever qu’au-delà de 2,7 et surtout 3g/l (mais corrélation n’est pas causalité. La grippe et l’importation des bananes s’accroissent en hiver). Mais en utilisant les logarithmes, on transforme cette courbe, dite en « crosse de hockey » ou en « J allongé », en une droite régulièrement ascendante d’1,5 à 3 g. Il s’agit là d’un pur trucage statistique, réalisé à dessein, qui fait rire tous ceux qui connaissent la statistique. Un trucage simpliste, qui saute aux yeux et qui n’aurait de validité que si nous traitions des logarithmes de malades avec des logarithmes de statines.

4. Les plaques d’athérome ne sont pas des dépôts de cholestérol, mais des cicatrices inflammatoires chronicisées chez certains, pour des raisons génétiques et dues aux chocs de pression sur les courbures et bifurcations artérielles. Le cholestérol ne fait que transporter dans les macrophages les acides gras qui leur apportent l’énergie nécessaire à la réaction inflammatoire. Les cardiologues sont à côté de la plaque.

5. Personne n’est parvenu à créer des plaques d’athérome chez l’animal (30 références), même en perfusant du cholestérol pendant des semaines pour atteindre un taux sanguin 8 fois supérieur à la normale. On n’obtient alors que des dépôts de "cholestérol", diffus dans tous les tissus, peau, œil, tendons, veines, foie, muscles… et même artères. Rien de commun avec l’athérome, mais ça ressemble aux formes graves d’hypercholestérolémie familiale, qui est une maladie génétique tout à fait à part, sans rapport avec l’athérome.

6. Les 70 essais cliniques des statines financés de 1994 à 2008 par l’industrie pharmaceutique (il m’a fallu 15 heures de travail pour analyser chacun d’entre eux) sont tous délibérément et lourdement falsifiés –  je ne dis pas biaisés, je dis falsifiés – à tous les niveaux :
- Exclusion de 80% des patients pour éviter les risques d’effets secondaires et fabriquer des patients « idéaux » (mais les résultats seront extrapolés à 100% de populations non sélectionnées).
- Double aveugle non respecté.
- Contrôle des patients tous les 6 mois seulement.
- Arrêt des statines par les patients dans 25% des cas.
- Prise de statines par le groupe placebo dans 15% des cas.
- 25% des patients perdus de vue.
- Critères d’évaluation multiples, chevauchants, subjectifs ou objectifs, souvent combinés de diverses façons, de telle sorte que quand le critère est cliniquement signifiant, il n’est pas statistiquement significatif et n’est significatif que quand il n’a pas de signifiance clinique.
- Résultats présentés sous forme de réduction relative et non de réduction absolue et sans évaluer le nombre de malades à traiter pour éviter un accident. Ainsi annonce-t-on 20% de réduction relative de la mortalité (exemple 80 vs 100) en 5 ans, sans dire que la réduction absolue par rapport au nombre de malades traités est de 20/2.000, soit 1% en 5 ans, soit 0,2% par an, soit 99,8% d’échecs, obligeant à traiter 500 malades pour écarter 1 accident par an ou 100 pour éviter 1 accident tous les 5 ans.

7. Malgré ces multiples biais, 82% des essais ne montrent aucun effet sur la mortalité coronaire et les accidents vasculaires cérébraux et 60% aucun effet sur les accidents cardiovasculaires, majeurs ou non.

8. En outre, ces effets soi-disant significatifs sont extraordinairement minuscules : sur 100.000 malades traités comparés à 100.000 non traités, 150 morts auraient été évités après 5 ans de traitement, soit 0,15%  des patients, obligeant à traiter plus de 600 malades pour écarter un décès par an, soit à 1.000 €/an  (médicaments, consultations, examens biologiques et d’imagerie, etc.), 600.000 € par décès soi-disant évité. Des résultats si minuscules qu’ils ont suscité un article quasi humoristique dans le British Journal of Medicine du 17 décembre 2013, montrant que les statines sont juste aussi efficaces qu’une pomme croquée chaque matin, mais avec plus de complications (l’étude, très sérieuse, porte sur 10 millions d’Anglais suivis 20 ans).

9. Même ces résultats infra-minuscules ne sont pas crédibles, car depuis 20 ans que les statines sont sur le marché, aucune diminution de la mortalité coronaire n’a pu leur être attribuée, leur effet éventuel s’effaçant derrière celui des antihypertenseurs, des antidiabétiques, de la lutte contre l’obésité et le tabac, et ceux de la prise en charge des infarctus du myocarde dans les 2 heures, dans les unités de réanimation.

10. Concernant les complications, il y a encore un livre à écrire. Elles ne sont en aucune façon anodines. Les essais cliniques de l’industrie, qui y consacrent …3% de la longueur des articles et qui ont tout fait pour écarter au préalable les patients à risque, ont dû pourtant stopper les études à cause des effets secondaires chez 10 à 15% des patients (complications musculaires, tendineuses, cutanées, neurologiques, psychologiques, sexuelles et nouveaux diabètes).

 

 

mercredi 1 mai 2013

Le scandale de l'ézétimibe : EZETROL° ou INEGY°

Parmi les anti-LDL, il y a des molécules inutiles et dangereuses. 
Intéressons nous au cas particulièrement scandaleux de l'ézétimibe (Ez).
Une autre molécule qui permet de démontrer que l'AMM des médicaments est obtenue sur des bases plus minces qu'un fil d'araignée.

Pour cette molécule récente, il y a  peu d'essais cliniques, alors on aura vite fait le tour du scandale.

Jetons déjà un œil à ce que propose la HAS (Haute Autorité de Santé).
Il existe une fiche qui indique la place de cette molécule : c'est  la fiche BUM  (Bon Usage des Médicaments).
Cette fiche nous indique que "l'ézétimibe est indiqué [...] lorsque les patients ne sont pas contrôlés  par une statine seule [...]".
Traduction : si une statine ne baisse pas assez votre LDL (assez selon quel critère ?), un médecin peut vous prescrire de l'Ez, pour abaisser votre cholestérol.
Cela se fait soit avec de l'Ez seul, soit avec une autre statine.

La HAS indique aussi dans un autre document, que l'Ez "n'a pas démontré d'effets en terme de morbi-mortalité".
Traduction : on n'a AUCUNE preuve que ça améliore votre santé, mais on vous le propose quand même.


Voyons maintenant sur quelles preuves se basent cette fiche BUM.
Pour cela, il faut consulter l'avis de la Commission de Transparence (avis CT 6429).

Date de l'AMM : 11 juin 2003
laboratoire : MERCK & DOHME-CHIBRET

Selon cet avis, ce médicament servirait dans 3 cas :
  • hyper-cholestérolémie non familiale ou familiale hétérozygote
  • hyper-cholestérolémie familiale homozygote
  • sitostérolémie homozygote (phytostérolémie)
Remarque : certaines personnes ont trop de cholestérol à cause de phytostérols et manger des margarines aux phytostérols ne va pas améliorer leur santé. Au contraire...

L'avis précise à nouveau que "des études démontrant l'efficacité d'Ez dans la prévention des complication de l'athérosclérose ne sont pas encore terminées" .
Traduction : "on aura peut-être des résultats un jour, mais pour le moment on n'a pas encore les résultats des études pour vous dire si c'est efficace ou pas".
(l'avis date de 2003 et on est 2013)

Mais, oh miracle !, en 2009 "le laboratoire MERCK a déposé 66 références bibliographiques (des articles parlant de son produit), dont 48 essais cliniques".


Etudes d'impact sur l'atteinte vasculaire (critère intermédiaire)

Là, l'avis nous précise que ces études là sont intéressantes mais explorent des critères intermédiaires (ou de substitution) qui ne renseignent pas directement sur la santé du patient.

 ENHANCE (2008)  : dans l'HF, étude négative (selon l'avis et selon les auteurs)
Rien que pour cet essai, il faudrait un article pour décrire le scandale qu'il a provoqué.
Car les résultats négatifs ne plaisaient pas au sponsor, qui ne voulait pas les publier.
L'essai, fini en 2006, n'a été publié qu'en 2008, sous pression du Congrès. 
( Voir Critical Lessons From the ENHANCE Trial de Philip Greenland )


 SANDS (2008)  : statine vs statine + ézétimibe (essai non concluant)


Etudes de morbi-mortalité (critère concernant la santé)

L'étude SEAS va consister à explorer l'effet d'un mélange (simvastatine 40mg + Ez10mg) chez des patients avec des sténoses aortiques.
(voir article  étude SEAS sur NEJM )
En fait, au début, il ne devait y avoir que de la simvastatine (40 à 80 mg), mais MERCK leur a ordonné de tester aussi l'ézétimibe 10 mg, pour son marketing.

Première remarque : avec cette étude, on ne connait pas l'effet de l'Ez tout seul.

Deuxième remarque : l'essai est négatif
(négatif pour le commerce, mais positif pour les patients, à qui on ne devrait pas proposer ce produit inefficace. Enfin, dans un monde normal, bien intentionné et sans médecins soumis au marketing. C'est à dire : pas NOTRE monde...)
Voir les résultats de l'essai SEAS sur  trialresultscenter.org

Soyons même un peu plus précis :

L'essai de MERCK avait choisi un critère primaire composite ULTRA-large et ultra-flou, qui aurait dû avantager les médicaments testés
(hospitalisations, CABG et PCI sont des critères flous, par exemple).
Le LDL est abaissé de 50%, par rapport au groupe placebo (voir page 1348).
Donc, selon le dogme du "cholestérol", cela aurait du se traduire par une variation ENORME en faveur des patients sous médicaments.
Une preuve de plus que ce dogme idiot et rétrograde nuit aux patients et à la science.
Quelle perte de temps... d'argent... de vies humaines...


La mortalité dans cet essai SEAS (2008) :

La mortalité totale est presque égale : il y a 5 morts de plus chez les patients sous médicaments.
Avec une tendance à la hausse et non pas à la baisse, comme d'autres essais.
Il n'y a donc AUCUN bénéfice sur la mortalité, critère le plus important.

Mais il y a pire : les CANCERS
On note une augmentation énorme du nombre de cancers chez les gens traités par statine + ézétimibe.
Cette augmentation significative est de + 67% de cancers
(avec un IC de [1,00 ; 2,79] et P=0,05 )
Donc entre 0% d'augmentation et 179% d'augmentation des cancers.

Donc, non seulement ce mélange de médicaments (INEGY°) ne sert à RIEN, mais en plus, il augmente votre risque d’avoir un cancer.

Et ce n'est pas tout : 
ce mélange peut aussi abaisser votre risque d'AVC de 75% ou l'augmenter de +179%

Les insuffisances cardiaques peuvent être diminués de 38% ou augmentées de +92%

On voit que ce mélange médicamenteux est toxique, inutile et qu'il joue à une étrange loterie avec votre santé.
Quel médecin, honnête et informé, voudrait prescrire ce mélange (simva + Ez) à son patient avec un haut risque cardiovasculaire ?
Pourtant ce mélange existe et est vendu (remboursé même) : c'est INEGY°.

L'avis de la CT, très cordial avec les vendeurs de médicaments, conclue :
" Dans l'attente des résultats des autres études, l’efficacité d'INEGY et EZETROL n'a, à ce jour, pas été démontrée sur un critère clinique de morbi-mortalité."
On ne peut pas être plus clair.

Alors pourquoi ce médicament (INEGY) est remboursé et AUTANT PRESCRIT, alors qu'il est cher, dangereux et INEFFICACE ?

En effet, si on consulte le site PUPPEM ( article sur les hypolipémiants ), on voit que ce médicament est dans le trio de tête des remboursements.
Après TAHOR et CRESTOR ( autre molécule scandaleuse ), on a INEGY.
Et en 4ème position, EZETROL (Ez tout seul) fait jeu égal avec la pravastatine et la simvastatine.

De plus, en 2013, nous en savons plus.
Car l'étude qu'attendait la HAS est sorti : c'est l'étude SHARP.

 Résultats de l'étude SHARP (2010)
Et ce n'est pas bien rassurant.
Cette étude teste le cocktail Simva 20mg + Ez 10mg.
Suspicions de fraudes : le critère principal a été changé en cours de route et le plan d'analyses statistiques n'est pas très clair.
Des patients sous statine ont été mis dans le groupe "placebo".
Dans le monde du marketing médical, le flou règne.
Cela permet des fraudes plus aisées, quand vous n'en dites pas trop sur le protocole.

Évidemment, le critère composite principal est positif, mais de peu.
Pourtant il intègre des revascularisations, qui n'est pas un événement mais une décision médicale, et qui permet de frauder tranquillement en gonflant le critère composite.
Au final, la valeur absolue est faible : 2,4%

Les AVC mortels ne sont pas modifiés significativement.
Les événements coronaires ne sont pas modifiés significativement.
les décès par infarctus sont identiques dans les deux groupes.
Les infarctus non mortels ne sont pas modifiés significativement.
Les maladies rénales ne sont pas améliorées.
Il y autant de cancers dans chaque groupe.

La mortalité totale est un peu augmentée, non significativement.
Il y a quand même 27 morts de plus, sous médicaments.
Quel succès ! Un médicament qui peut tuer un peu plus qu'un placebo.
Vous avez entre -5% et + 9% de risques de mourir.

Qui veut tenter cette loterie, chère, inutile et dangereuse ?


En conclusion, on voit que l'ezetimibe seul, ou le cocktail avec la simvastatine, n'a aucune preuve à apporter de son efficacité.
Pourtant, ce produit toxique et dangereux est autorisé et remboursé à 65%, par des autorités aveugles, corrompues ou incompétentes (au choix).
Et les médecins le prescrivent en grande quantité.


PS : on a aussi l'essai  ARBITER 6 HALTS, qui testa encore "statine + ezetimibe" contre "statine + niacine", en juin 2010.
L'essai n'est même pas en double AVEUGLE.
Ce n'est même pas justifiable...
L'essai fut stoppé avant la fin du protocole.
Encore un essai stoppé... Cela devient une règle commerciale, pour frauder.
L'ezetimibe est encore accompagné d'une statine, donc on ne connait pas l'effet seul.
Les auteurs déclarent que la niacine fait mieux que l'ezetimibe.


Sources :

Ezetimibe (Eztrol°) : un hypocholestérolémiant sans intérêt clinique démontré - Prescrire, juin 2004/ Tome 24 N°251 page 405

Ezetimibe : le profil d'effets indésirables se précise - Prescrire,  mai 2005/ Tome 26 N°261 page 350

Ezetimibe : absence d'intérêt progressivement confirmé par les autorités de santé - Prescrire mars 2010/ Tome 30 N°317 page 179

Ezetimibe : excès de cancer dans un essai comparatif - Prescrire mars 2010/ Tome 30 N°317 page 187

Ezetimibe, avec ou sans simvastatine : préférer les hypolipémiants mieux évalués  - Prescrire avril 2012/ Tome 32 N°342 page 266


lundi 8 avril 2013

Statines : Philippe EVEN contre Pierre SABOURET

Philippe Even a fait enfler la polémique sur l’utilité des statines

Si parmi vous certains pensent que le débat sur les statines serait un débat scientifique, détrompez vous...
L'essentiel se joue sur le marketing autour des essais, qui sont des outils commerciaux servant à l'extension du marché d'un produit. Et les médias permettent ce marketing en offrant leur antenne à des leader d'opinion.

Exemple de mauvaise foi d'un scientifique au cours de l'essai commercial ASPEN :
" La palme revient quand même à un article dont la conclusion est en substance la suivante : « Bien que nos résultats ne soient pas significatifs, l’utilisation des statines dans la prévention de la mortalité cardiaque doit être appliquée à l’ensemble des sujets à risque ». Les chiffres sont négatifs, les résultats montrent que les médicaments ne sont pas adaptés, mais il faut quand même les prescrire. Cela n’a rien de très scientifique."

(une étude qu'il faudrait indiquer au professeur GRIMALDI, puisqu'il s'intéresse aux diabétiques et qu'il défend les statines)

L'autre argument intéressant est que certains cardiologues pensent que les statines "stabilisent" les plaques d'athérosclérose.
Ils pensent cela après avoir lu des essais financés par les labos Pharma et qui montrent une réduction dans la progression de la plaque.
Oui, lisez bien : une réduction de l'augmentation ! Et ils appellent cela une diminution, ou une régression des plaques.
Mensonge ou incompétence ?

De plus, cette réduction de la progression est de l'ordre du micromètre (un millième de millimètre). Alors que les artères mesurent quelques mm de diamètre.
On a donc une variation (significative statistiquement) de l'ordre de 1%.
Variation qui n'est pas significative cliniquement.
Le mensonge est donc sémantique et aussi clinique.


 Les statines, des médicaments incontestables selon Pierre Sabouret

"Pierre Sabouret est l’un de ces médecins spécialistes, membre du comité scientifique du Collège national des cardiologues français (CNCF), mais surtout appartenant au groupe de recommandation sur l’efficience des statines auprès de la Haute autorité de santé (HAS)."
=> un expert qui n'avait rien déclaré en 2010 ( Conflits d’intérêts : La mauvaise graisse de la HAS )


L'article déclare :
"l’intérêt de ces molécules est indiscutable"
" Leur utilité est incontestable chez les patients en prévention secondaire"
=> vocabulaire non scientifique, car la science avance par la discussion et la contestation

"c’est presque du révisionnisme. Toutes les publications vont dans le même sens, mais c’est toujours vendeur de ressortir la théorie du complot"
=> éléments de langage employés aussi par le Dr STEG, dans sa vidéo sur TheHeart.org

"’une plaque d’athérome, due à une accumulation du mauvais cholestérol dans les vaisseaux sanguins. "
=> la connaissance scientifique sur la plaque est au niveau de l'explication du calcaire dans un tuyau

Et le schéma représente une veine thrombosée, et non pas une artère avec de l'athérosclérose.
Le niveau scientifique de l'article n'est pas assez élevé.

En examinant la DPI de M. SABOURET du mois de mars 2012, cette DPI indique:
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2012-03/10sabouretpierre28-03-12.pdf
Dans la rubriques: « Intervention dans un cadre promotionnel » page 7 on trouve 3 rémunérations personnelles dites « Ezetrol-Simva » de la part de MSD.

Et en 2010, Mr Sabouret semble être financé par Pfizer Inc. & Schering-Plough (« … the CONNECT Study » Archives of Cardiovascular Disease, 2010, 103, 437-46).

CNCF
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 Et comme d'habitude, les sociétés de cardiologies sont très amicales avec les labos Pharma.
Devinez pourquoi ?!?