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mercredi 26 mars 2014

Soutien au professeur EVEN


EXCLUSIF. Des médecins apportent leur soutien au professeur EVEN

Absence de confraternité et manque de déontologie, opération commerciale à l’encontre des données acquises de la science : voici ce qu’a invoqué la Chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins d’Ile-de-France pour condamner, le 17 mars, à une privation d’un an d’exercice de la médecine, dont six mois avec sursis, les professeurs Even et Debré, deux ans après parution de leur « Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles et dangereux » (Editions du Cherche Midi). Les principales critiques sont venues des allergologues, les auteurs ayant mis en cause la pertinence de la désensibilisation, mais bien sûr aussi des cardiologues, collectivement réfractaires à une relecture des études d’origine désignant le cholestérol comme un ennemi de l’organisme, ce que réfute absolument Philippe Even.
Si le livre contient bel et bien des erreurs (passer en revue les 4.000 médicaments de la pharmacopée française est une entreprise herculéenne), le professeur a eu le mérite, estiment ses défenseurs, de faire ce qu’aurait dû faire depuis belle lurette une autorité de santé digne de ce nom. Et ce, d’autant plus que le guide révèle sa pertinence au fil de l’actualité. Un exemple avec la dangerosité des pilules de troisième génération, précisément décrite dans l’ouvrage plus d’un an avant que le scandale n’éclate. Pour ces raisons, des voix s’élèvent et non des moindres pour défendre l’auteur et contester le bien- fondé de la condamnation, dans une pétition emmenée par l’hématologue Dominique Meyer, de l’Académie des sciences. Voici le texte. Et le nom des premiers signataires.

Anne Crignon – Le Nouvel Observateur


Le texte de soutien au professeur Even
« Nous sommes scandalisés par la décision du Conseil régional de l’Ordre des Médecins de suspendre d’exercice Philippe Even, coauteur du Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux au motif qu’il s’agirait ‘une opération commerciale et non-confraternelle, allant à l’encontre des données acquises de la science et susceptibles d’inquiéter les malades’. Nous regrettons une sanction portant atteinte à la liberté d’expression, sous le couvert d’une confraternité trop souvent caution de la loi du silence. Nous voulons témoigner de notre estime pour Philippe Even, de notre confiance en son intégrité, son désintéressement, la qualité et le courage de ses analyses. Co-auteur de plusieurs ouvrages de médecine et de physiologie anglo-saxons, il a aussi traduit ou écrit plusieurs livres visant à faire connaître au public français les relations parfois troubles entre certains médecins universitaires et l’industrie pharmaceutique.
Nous voulons dire notre admiration pour la ténacité avec laquelle il mène depuis des années son combat de lanceur d’alerte, en ouvrant de nombreux et indispensables débats, sur des bases scientifiques et non sur des arguments d’autorité, pour une médecine plus efficace et plus sûre, au seul service des patients et de leurs médecins. »

Pr JM. ANDRIEU, cancérologue
Pr EE. BAULIEU, endocrinologue, Académie des Sciences
Pr C. BRECHOT, hépatologue, Directeur Général de l’Institut Pasteur,
Pr JL. CASANOVA, généticien, Université Rockefeller, New-York et Université Paris Descartes,
Dr J. CHASSIGNEUX, Médecine Interne, Paris
Pr P. DEHEUVELS, statisticien, Université Paris 6, Académie des Sciences
Dr Philippe. FOUCRAS, Formindep (Pour une formation et une information médicales indépendantes)
Pr A. FISCHER, immunologiste et pédiatre, Académie des Sciences
Dr Irène FRACHON, pneumologue, CHU de Brest, « en hommage au relais courageux de Philippe Even pour dénoncer le crime du Mediator »
Pr B. GUIRAUD-CHAUMEIL, neurologue, Ancien Président de la Conférence des Doyens des Facultés de Médecine
Pr JJ. LEFRERE, Directeur de l’Institut National de Transfusion Sanguine
Dr Michel DE LORGERIL, cardiologue, CNRS, Grenoble
Pr GM HALPERN, Université Polytechnique de Hong-Kong
Pr D. MEYER, hématolologiste, Acad. Sciences
Pr Ph. MEYER, néphrologue, m.c. Académie des Sciences
Dr Philippe NICOT, Formindep
Olivier POSTEL-VINAY, Ancien directeur de « La Recherche », directeur de la revue BOOKS
Pr M. RADMAN, biologiste cellulaire et moléculaire, Académie des Sciences
Pr D. RAOULT, microbiologiste, ancien président de l’Université de Marseille
Pr JC. WEILL, immunologiste, Académie des Sciences


D'autres noms veulent se joindre à ce début de soutien contre ce qui apparait comme une tentative de faire taire un homme qui dérange l'industrie Pharma.
Lien vers une pétition de soutien


A lire ou à relire :
http://www.europe1.fr/Sante/Le-Pr-Even-sanctionne-recoit-le-soutien-de-confreres-1924807/


http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/cholesterol-la-polemique-continue_1237783.html

 http://www.books.fr/blog/une-occasion-inespre/



http://www.books.fr/blog/bon-et-mauvais-cholestrol/

mardi 11 mars 2014

STATINS : BAD SCIENCE

Cholesterol and Statins: Sham Science and Bad Medicine

 

This is the new book of Michel De Lorgeril, available on Kindle.

This is the english version of " Cholesterol, lies and propaganda".

He said that the book is more wide, less centered on our "french example". This is a major thema, because millions of people take statins.

The fantastic marketing of LIPITOR and the huge governemental campaign "Know your numbers" make everybody concerned with his "cholesterol".

But cholesterol is innocent in this story, a victim of a marketing worthing billions and billions of dollars.

A vital molecule is made the villain of a stupid story, by a bench of scientists paid by the industries or just following the mainstream.

All the scientists are not corrupted. Most of them are just trusting the system. And the medical system is under the control of the industries. The circle is closed.


michel.delorgeril.info/prevention-des-maladies-cardiovasculaires/cholesterol-and-statins-sham-science-and-bad-medicine

lundi 13 janvier 2014

The LANCET - La recherche médicale en danger

Selon 5 articles du LANCET, la recherche biomédicale est gâchée, car dès le départ, on part sur de mauvaises pistes, on fait un protocole foireux qu’on ne respecte même pas, on biaise les résultats qu’on ne communique pas et on ne publie pas ce qui gêne.

Ainsi, tous les auteurs confirment les propos de Michel De Lorgeril, de Philippe EVEN ou d'autres qui disaient cela depuis des années.

Mais maintenant, qui oserait dire qu’ils sont isolés et qu’ils voient le mal partout ?
http://www.thelancet.com/series/research

How to increase value and reduce waste when research priorities are set
Iain Chalmers, Michael B Bracken, Ben Djulbegovic, Silvio Garattini, Jonathan Grant, A Metin Gülmezoglu, David W Howells, John P A Ioannidis, Sandy Oliver

Increasing value and reducing waste in research design, conduct, and analysis
John P A Ioannidis, Sander Greenland, Mark A Hlatky, Muin J Khoury, Malcolm R Macleod, David Moher, Kenneth F Schulz, Robert Tibshirani

Increasing value and reducing waste in biomedical research regulation and management
Rustam Al-Shahi Salman, Elaine Beller, Jonathan Kagan, Elina Hemminki, Robert S Phillips, Julian Savulescu, Malcolm Macleod, Janet Wisely, Iain Chalmers

Increasing value and reducing waste: addressing inaccessible research
An-Wen Chan, Fujian Song, Andrew Vickers, Tom Jeff erson, Kay Dickersin, Peter C Gøtzsche, Harlan M Krumholz, Davina Ghersi,H Bart van der Worp

Reducing waste from incomplete or unusable reports of biomedical research
Paul Glasziou, Douglas G Altman, Patrick Bossuyt, Isabelle Boutron, Mike Clarke, Steven Julious, Susan Michie, David Moher, Elizabeth Wager


Philippe EVEN - au Cherche Midi :

 La recherche biomédicale en danger

Les Leçons du Médiator - l'intégralité du rapport sur les médicaments
 Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux
 La vérité sur le cholestérol

Ben GOLDACRE
 BAD PHARMA
 Bad Science

Michel de LORGERIL
Cholestérol, mensonges et propagande
Son blog

Stéphane HOREL
Les médicamenteurs : un site, un livre, un documentaire

Mikkel Borch-Jacobsen, John Abramson, David Healy, Jeremy Greene, ...
BIG PHARMA, une industrie toute-puissante qui joue avec notre santé
http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-lindustrie-pharmaceutique-une-industrie-toute-puissante-et-notre-sante

jeudi 9 janvier 2014

Quels risques à arrêter une statine ? - Revue Médecine




La revue Médecine a sorti 4 articles à propos des statines. J'en propose ici une vue d'ensemble.

EDITORIAL de Jean-Pierre Vallée - Revue Médecine
L'édito rappelle que la rosuvastatine et l'atorvastatine "relativement récentes, largement promues, mais, contrairement à l’opinion générale, n’ayant pas démontré d’efficacité sur la mortalité totale. Ce sont deux hypocholestérolémiants, uniquement étudiés sur des critères intermédiaires"
Il rappelle aussi l'échec des fibrates et du torcetrapib (inhibiteur de la CETP), malgré leur efficacité sur les "chiffres" du cholestérol".
Il évoque la dernière recommandation (NHLBI / AHA) qui :
Ce numéro de Médecine a pour but : "de répondre à une urgence du moment : remettre à sa juste place – de propagande – un article stigmatisant publiquement la dangerosité de l’arrêt des statines, donc celle des prescripteurs qui, pour une raison ou une autre, seraient coupables de cet arrêt."


Note : cet éditorial fait référence a un article "pseudo-scientifique" émanant de cardiologues qui ont de forts liens d'intérêts avec l'industrie et qui ont réalisé une étude bancale, hasardeuse et approximative, qui a pour but de nuire à l'image du Professeur Philippe EVEN, ainsi qu'à son livre "La vérité sur le cholestérol".
En effet, ces leaders d'opinion sous-entendent qu'arrêter un traitement par statines serait dangereux et aurait conduit à des morts (grâce à des hypothèses et des statistiques trompeuses de leur article, peu crédible)


Quels risques à arrêter une statine ? Michel de Lorgeril
L'article de Michel est plus radical, vous vous en doutez, mais repose sur l'analyse de nombreux essais.
Il rappelle l'importance de l'année 2006, où la nouvelle réglementation a été mise en place.
Après avoir montré la faiblesse de l'article mis en avant par des cardiologues parisiens (article qui vise à culpabiliser toute personne ayant un esprit critique sur les statines, car il pourrait "tuer" des gens qui arrêteraient leur traitement...), l'auteur répond à la question statine par statine :
  • Inefficacité totale de la rosuvastatine (Crestor°) : études JUPITER, CORONA, GISSI, AURORA
  • Comparaison rosuva vs atorvastatine : SATURN, MIRACL => aucune efficacité de l'atorva (Tahor°)
  • Inefficacité de la simvastatine : IDEAL (simva vs atorva) => inefficacité de Zocor°, Lodales°, Inegy° ou de ses 27 génériques

Il conclue sur l'avis d'experts indépendants : " [...] chez les sujets à faible risque, les statines n’ont aucun intérêt", laissant de plus entendre clairement que l’arrêt du traitement ne pourrait avoir que des bénéfices."

L'arrêt des statines est-il dangereux - La rédaction de Médecine
L'article explique que l'article de Michel de Lorgeril n'a pas fait l'unanimité, mais que ces arguments sont suffisamment intéressants :
"Il nous a donc semblé que les arguments développés par Michel de Lorgeril pour « rendre leur liberté de prescription aux médecins, qu’il faut arrêter de terroriser avec de fausses alarmes », méritaient d’être entendus et discutés, [...] "
L'article rappelle ce que les articles du FORMINDEP disent :
- des enjeux complexes
- une influence intense de l'industrie, même envers les "guidelines"
- un coût annuel de 1 000 000 000 d'euros
- un mécanisme mal connu, qui va au de-là de la baisse du "cholestérol"
Les auteurs rappellent qu'un "petit groupe de cardiologues parisiens" (des KOL ou leader d'opinion) ont produit un "article alarmiste", comportant des "informations approximatives", issue d'une "extrapolation hasardeuse d'une unique méta-analyse de 2009", avec tous "de puissants liens d'intérêts".
L'article insiste sur la continuité entre prévention secondaire et prévention primaire : " La réduction relative de la mortalité y est constante, d’environ 10 % pour l’ensemble des essais inclus, effet peu influencé par la nature ou le contexte de ces essais."
" Le même raisonnement pourrait être tenu sur les critères cliniques « secondaires » que sont les infarctus du myocarde et les AVC, mais avec plus d’incertitudes [...]"
L'article souligne les conclusions d'une méta-analyse de 2010 :
" Les essais les plus anciens ont le plus faible niveau de preuve"
" la faiblesse du gain individuel en termes de probabilité de décès."

L'arrêt d'un traitement « inefficace » – parce que non justifié – est sans conséquence.
L’arrêt d’un traitement « efficace » : on ne sait pas (trop de paramètres…)
Conclusion de l'article :
" Plutôt que de se sentir contraints par les guidelines à prescrire des statines aux patients à faible risque cardio-vasculaire, les médecins leur rendraient un service autrement plus important en leur expliquant l’ampleur des avantages et des incertitudes sur les méfaits des statines et en discutant des données épidémiologiques qui montrent que les risques comportementaux – tabac, sédentarité, et nutrition inadaptée – sont responsables de 80 %des maladies cardio-vasculaires."

Statines : étonnante histoire d'un blockbuster - Jacques Beaulieu

La mévastatine (ML-236B), a été le premier membre de la classe des statines à voir le jour en 1976. Sa production fut stoppée peu après car le médicament administré à forte dose provoquait de sévères lésions musculaires.

En 1987 la lovastatine puis en 1989 la simvastatine (Zocor°)

En 1985, il réalisa la synthèse de l’atorvastatine, produit qu’on nomma le CI-981. Dilemme : lors des essais sur les animaux, le produit ne s’était pas montré supérieur à la lovastatine de Merck, déjà en marché.

La compagnie avait alors peu de projets dans son pipeline et il fallait arriver avec un nouveau médicament, la protection du brevet de leur médicament phare, le Lopid, un fibrate, arrivant à expiration. Par ailleurs, même s’il n’allait chercher que 10% du marché des statines avec l’atorvastatine (Tahor°), le potentiel demeurait encore des plus rentables.


NB : Or, le Tahor rapporta un jackpot absolu : plus de 120 milliards de dollars en 14 ans. Un médicament peu efficace et toxique n'a pu réussir qu'avec un marketing intense, mensonger et planétaire.


Conclusion générale : L'ensemble de ces 4 articles montre bien qu'il y a des enjeux économiques gigantesques (personne n'en doutait...) mais qu'il y a maintenant une volonté des "scientifiques" payés par l'industrie de nuire au débat d'idées, et d'étouffer toute controverse par de la propagande et du marketing mensonger. 

Ces quelques cardiologues parisiens sont nuisibles et ont "prostitué" leur savoir, dans leur propre intérêt, reniant le serment d'Hippocrate depuis longtemps. 

Les experts américains du cholestérol sont devenus fous !

 Analyse critique de l'atorvastatine (TAHOR°)  

Le scandale du CRESTOR° (rosuvastatine) 

 

 

 

dimanche 7 avril 2013

L’histoire commerciale des statines - 1) Avant les statines



L’histoire commerciale des statines

1 - Avant les statines 

Dans les années 60, le cholestérol n’avait toujours pas de médicament "palatable" pour le patient (palatable signifiant acceptable pour le palais du patient et entrainant une observance suffisante au traitement). Les médicaments abaissant le cholestérol n’étaient pas sûrs, n’étaient pas efficaces ou avaient des effets secondaires gênants, rendant la thérapie intenable. Le bénéfice des thérapies non médicamenteuses (comme des régimes anti-cholestérol) n’avaient pas de bénéfices démontrés.

Dans les années 70, de nombreux auteurs ont commencé à dénoncer l’idée que s’intéresser à un cholestérol élevé n’était qu’un charlatanisme sanitaire.
En 1980, la NAS (National Academy of Sciences) sortit un rapport suggérant que les efforts visant à contrôler la cholestérolémie manquaient de justifications dans la pratique clinique et dans la littérature scientifique. Comment le cholestérol avait-il perdu son intérêt dans le corpus grandissant de la cardiologie préventive ? Et comment, dans la période suivant 1980, ce composé a-t-il retrouvé sa place dans la sphère de l’activité clinique « mainstream » (reconnue ?) et mobilisé l’anxiété du public ?
Comment la théorie du cholestérol a pu passer d’une idée relevant du « charlatanisme » en 1980 à une acceptation quasi-mondiale en  1985 ?

L’athérosclérose et l’idée pastorienne du germe
L’idée que le cholestérol est lié à l’athérosclérose provient d’un modèle de maladie basée sur les lésions. Le fait est qu’on retrouve du cholestérol dans les plaques d’athérosclérose. C’est ainsi que des chercheurs ont eu l’idée d’assimiler le cholestérol à un « germe », selon le concept que toute maladie a une cause unique, que l’on pourrait donc traiter par un médicament unique : c’est le concept du traitement miracle (« magic bullet »). C’est à cette époque que l’idée qu’un élément non vivant pouvait aussi être à l’origine d’une maladie (vitamine B3 et pellagre, vitamine B12 et anémie pernicieuse ou silice et silicose).
L’idée serait donc que le cholestérol serait l’agent principal de l’athérosclérose, comme le bacille de Koch est celui de la tuberculose. Dans les années 30 et 40, on commença donc à inoculer du cholestérol à des lapins ou à des chiens, avec des résultats d’abord controversés ou inexistants, jusqu’à ce qu’un modèle de poule (omnivore) rendue malade par du cholestérol commence à convaincre (Katz, 1952).
Mais le cholestérol étant fabriqué par le foie et présent chez tous les humains, ainsi que la nature asymptomatique de l’athérosclérose, la translation entre cholestérol et maladie était dure à faire du laboratoire à la pratique clinique.
Il fallut l’intervention active d’hommes comme Jeremiah STAMLER et Ancel KEYS pour que l’idée que le cholestérol était un facteur de risque commence à entrer dans les cerveaux des médecins. Pour cela, la promotion du résultat de certaines études épidémiologiques comme Framingham ou l’étude des 7 pays était nécessaire.

L’échec successif de nombreux médicaments
Mais pour convaincre une communauté médicale, il faut plus qu’un modèle animal ou qu’une étude épidémiologique. Il faut une étude clinique et un traitement à proposer. La recherche d’un traitement réduisant le cholestérol produisit donc de nombreux agents : choline, inositol, lécithine, extraits de thyroïde, estrogènes, extraits d’animaux (cerveau ou pancréas) ou de plantes (artichaut, ail), etc. Echec de ces composés.
Le premier médicament qui accéda au marché fut MER/29 (triparanol), produit par Richardson-Merrell Company (qui possédait la marque Vicks VapoRub et qui appartient maintenant à Procter&Gamble). En 1959, on annonça un nouveau médicament qui réduisait significativement le cholestérol et qui était bien toléré cliniquement, avec aucun effet secondaire. Nous remarquons que le discours du marketing pharmaceutique n’a pas évolué d’un iota sur ce plan là et que tous les médicaments retirés du marché après avoir tué ou handicapé des milliers de personnes étaient tous annoncés comme  « bien toléré cliniquement et sans effet secondaire important ».
Il est intéressant de lire la documentation interne de l’entreprise, s’enthousiasmant sur les retombées financières d’un tel monopole (être le seul à avoir un médicament anti-cholestérol) et de voir comment elle imposa sa nouvelle molécule. Elle fit appel aux mêmes scientifiques, aux mêmes individus et institutions qui avaient déjà fait leur preuve dans le lancement du Diuril (anti-hypertenseur de la société MERCK). Certains cardiologues déjà impliqués furent à nouveau sollicités pour participer à la campagne de lancement commençant à Princeton, en décembre 1959 : notons les noms d’Irvine PAGE, John MOYER et Robert WILKINS. Les médias grand public et la presse médicale firent partie de l’ampleur donnée à cet événement commercial.

La FDA (Food and Drug Administration) approuva le MER/29 en juin 1960. Dès 1961, la campagne marketing commençait avec une gamme d’outils variés :
  • Une lettre de prestige, signée du président de Merrell et envoyé à 160 000 docteurs et praticiens,
  • Un classeur envoyé par Western Union à 100 000 docteurs, contenant les données de base de MER/29, avec les actes de la conférence de Princeton,
  • Un dossier publicitaire de 8 pages dans 15 journaux de médecine ou de cardiologie,
  • La répétition mensuelle de cette même publicité, mais sous un format de 2 pages seulement,
  • Des envois postaux, 3 fois par mois, de documents ciblant les 100 000 médecins ayant reçu le classeur et permettant de le remplir,
  • Une conférence nationale visant à éduquer les visiteurs médicaux.
Cette campagne coûta 800 000 dollars, davantage que tous les budgets de tous les autres produits vendus l’année précédente par la compagnie. A la fin de l’année, MER/29 avait atteint 300 000 consommateurs et généré un volume de ventes de 5 millions de dollars.
Mais le MER/29 bloquait la dernière étape de la fabrication du cholestérol. La molécule précurseur, le desmostérol, s’accumulait donc. On le retrouvait en excès dans le cristallin de l’œil, le follicule pileux et la peau, produisant cataractes, pertes de cheveux et ichtyose, une maladie cutanée produisant des sortes d’écailles sur une peau dure.

Il est alors intéressant de noter comment l’industrie réagit à ce genre de nouvelles. En effet, toutes les industries ont toujours réagi comme ça, dans leur grande majorité. Au lieu de reconnaître le problème et d’avertir les consommateurs et les médecins, l’industrie sous-estime le problème et communique e manière rassurante. Dans ce cas là, la visite médicale permet une tromperie du médecin, qui s’inquiète à juste titre, et qui reçoit une réponse stéréotypée issue du marketing, réponse préparée pour gérer la crise. Cette attitude permet aux ventes de perdurer et à l’entreprise d’engranger des millions pour chaque mois qu’elle gagne en dissimulant le scandale sanitaire.

On remarque alors que la FDA a du mal à jouer son rôle de régulateur. Alors que Merrell continuait à inonder les médecins avec sa publicité sur de multiples supports et médias, l’entreprise refusait d’envoyer une lettre d’avertissement aux médecins. Elle ne le fit qu’en décembre 1961. Le médicament fut retiré du marché en 1962.

La fraude et l’industrie pharmaceutique
Ce fut un coup rude pour Merrell, surtout que la FDA refusa l’AMM de son prochain médicament, déjà annoncé comme un blockbuster : l’antiémétique thalidomide. Et comme dans d’autres affaires, les données existaient, mais avaient été soit dissimulées ou non prises en compte. Cela fit à l’entreprise une publicité bien plus négative que le scandale du thalidomide qui suivit. Car Merrell avait dissimulé les effets secondaires du MER/29 et encouragé ses visiteurs médicaux à rejeter la faute sur les autres médicaments pris par les patients.
De plus, un ancien employé de Merrell, Beulah Jordan, apporta aux inspecteurs de la FDA des preuves que le laboratoire avait fabriqué une grande partie des données d’efficacité et de sureté, pour obtenir l’AMM en trompant la FDA. La société fut donc condamnée pour mensonge, fraude et tromperie intentionnelle des agences gouvernementales et des citoyens américains. Notons que la sentence fut une amende et un sursis de 6 mois, au lieu de 5 ans de prison.
Merrell fut donc le premier symbole de la corruption de l’industrie Pharma dans l’esprit du public américain, à cause de 2 scandales successifs : le MER/29 et le thalidomide. Après le procès en pénal, il y eut de multiples procès au civil, aboutissant à un total d’environ 50 millions de dollars de poursuites.
Il est évident que la balance bénéfice/risque du MER/29 ne plaidait pas en sa faveur. Si ce médicament avait immédiatement sauvé des vies, on lui aurait peut-être pardonné cataracte, perte de cheveux ou ichtyose. Mais avec une maladie asymptomatique et une communauté scientifique doutant du rôle du cholestérol dans cette maladie, on ne pardonna pas au MER/29 ce qu’on aurait peut-être accepté pour un traitement anti-cancer ou un antibiotique sauvant d’une épidémie infectieuse. Pour accepter une exposition au long terme, en prévention d’une maladie asymptomatique, il fallait davantage de preuves.

D’autres médicaments échouèrent à s’imposer sur ce marché fructueux : il y eu la néomycine (Upjohn), l’héparine, la niacine (acide nicotinique, vitamine B3), etc. Notons que chaque médicament baissait bien le « méchant cholestérol ».

Un médicament fut mieux toléré : le clofibrate (Atromid-S). Mais l’étude Coronary Drug Project(1975) montra son inefficacité sur la mortalité totale, le critère primaire de l’étude. Notons qu’à cette époque, les scientifiques sérieux utilisaient le critère de mortalité totale comme étant le meilleur test d’un médicament sur la santé globale du patient. Par la suite, le critère primaire devint de moins en moins « solide » et bascula soit vers la mortalité cardiovasculaire (ce qui n’est pas si mal mais insuffisant en terme de santé globale du patient) puis incorpora de plus en plus des critères « subjectifs», comme différentes définitions d’infarctus non mortels (basés sur un critère biochimique moins fiable que le critère ECG) et des décisions médicales comme l’hospitalisation ou la revascularisation.
Pour simplifier, disons qu’un patient veut un médicament qui rallonge sa vie et améliore sa vie. Il n’est pas spécialement d’accord pour échanger un infarctus contre un cancer, une destruction des muscles ou des reins. Les scientifiques qui se focalisent sur la mortalité cardiovasculaire sont « myopes », et ceux qui prennent en compte des critères subjectifs et n’influant pas sur la mortalité prennent le risque de vouloir soigner « la paille dans l’œil », oubliant la poutre.

En France, Michel de Lorgeril et Philippe Even ont mis cette myopie en exergue. Dans le monde, d’autres l’ont fait bien avant eux, sans que la communauté médicale (ou scientifique) réalise son erreur de focalisation. J’irai même jusqu’à dire que l’industrie Pharma a appris de ses échecs et qu’elle a vite compris qu’il fallait soit frauder (truquer les données des essais, qui lui appartiennent et qu’elle ne veut pas communiquer) ou changer le critère principal de manière à écarter la mortalité totale.
Mais le clofibrate, provoquant calculs biliaires et anomalies hépatiques, fut aussi retiré du marché, malgré que le marketing ait clamé son innocuité et sa bonne tolérance juste avant. Reprenons le titre d’un article du New York Times de décembre 1980 : « Miracle' Drug Discredited; Health System Is Faulted; »


On voit bien que les scandales comme le MEDIATOR, le VIOXX ou la cérivastatine ne sont pas nouveaux. Le système sanitaire a failli de nombreuses fois et toujours pour les mêmes raisons.


Ce texte est tiré en partie de la traduction du livre « Prescribing by Numbers  - Drugs and the Definition of Disease», de Jeremy A. GREENE, du département d’Histoire d’Harvard, spécialisé en pharmaco-économie et Pharmaco-épidémiologie. Ce livre a pour sujet l’interaction entre un médicament et la définition d’une maladie dont les limites n’ont pas cessé de changer. C’est donc un texte historique, pour aborder l’histoire commerciale des statines et montrer le lien avec leur histoire scientifique. Cela permet aussi d’identifier les acteurs en présence.

mercredi 5 octobre 2011

Ce que dit Michel De Lorgeril sur le cholestérol

 Avoir un taux de cholestérol élevé ne serait pas si grave et les statines seraient peu utiles. Vrai ou faux?
Une entrevue avec le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue, nutritionniste et spécialiste des troubles cardiovasculaires.

Journaliste : Martin LaSalle
2 FÉVRIER 2009

Voir la vidéo ici : http://www.passeportsante.net/fr/AudioVideoBalado/Index.aspx?docId=145


Michel De Lorgeril a publié de nombreuses vidéos.